18-05-2012
À découvrir cette semaine
Les think tank libéraux font leur lobbying
Qui sont-ils ?
Une vingtaine de laboratoires d’idées et de clubs libéraux s’activent efficacement dans les coulisses du pouvoir, que ce soit celui Jacques Chirac et celui de Nicolas Sarkozy.
1/ Qui sont-ils ?
L’un des principaux think tanks de droite, la Fondation pour l’innovation politique, créée en 2004 sous l’égide de l’Elysée, ne cache pas sa proximité avec le pouvoir actuel. Son directeur général, le politologue Dominique Reynié, nous explique quel est son positionnement et son rôle concret.
La Fondapol, une fondation dans l’ombre du pouvoir
Outre la Fondapol, couvée d’abord par Jérôme Monod, conseiller du président Jacques Chirac et reprise en 2008 par les sarkozystes sous la bannière de Nicolas Bazire, un autre think tank domine le paysage : l’Institut Montaigne fondé en 2000 par Claude Bébéar, l’ancien pdg d’Axa.
Les think tank libéraux font leur lobbying
Jacques Chirac (à droite), président de la République, et son conseiller politique, Jérôme Monod le 27 janvier 2004 - ©DENIS/REA
Réunissant 80 entreprises et 200 adhérents, l’Institut se veut indépendant, mais il a une orientation de centre-droit, Bébéar n’ayant jamais caché ses inclinaisons UDF, son militantisme catholique et ses idées économiques libérales. Secondé par son ex-conseiller spécial chez Axa, Daniel Laurent, par son ami Henri Lachmann et par l’économiste Nicolas Baverez, Claude Bébéar s’est notamment fait remarquer dans le débat sur les discriminations, promouvant l’idée de la charte de la diversité dans les entreprises et la pratique des CV
1/ Qui sont-ils ?
anonymes. « Mais nous faisons beaucoup d’autres propositions concrètes, que ce soit sur la réforme de l’Etat, les retraites, la compétitivité, la justice ou la cohésion sociale », précise Laurent Bigorgne, le nouveau directeur de l’Institut Montaigne, ancien lieutenant de Richard Descoings à Sciences-Po.
Aux côtés des deux poids lourds généralistes, Fondapol et Montaigne, une multitude d’autres clubs et think tkanks ont éclos à droite ces dernières années, allant des ultra-libéraux de l’Institut Turgot aux plus centristes de la Fondation Robert Schuman, avec pour objectif de réunir des expertises et d’influencer les décideurs publics.
Claude Bébéar et Henri Lachman, deux des fondateurs de l'Institut Montaigne, lors du débat sur l'identité nationale, dans l'amphithéâtre Foch de l'École militaire le 4 décembre 2009 - ©LUDOVIC/REA
Les think tank libéraux font leur lobbying
L’un des plus anciens s’appelle l’Institut de l’Entreprise. Cercle patronal dans l’orbite du Medef, il rassemble plus d’une centaine de grands groupes, dont des piliers du CAC 40 comme LVMH, Vivendi ou Total. Les derniers présidents furent successivement Didier Pineau-Valencienne (Schneider), Bertrand Collomb (Lafarge), Michel Bon (France Télécom) et Michel Pébereau (BNP Paribas), qui a laissé l’an dernier sa place à Xavier Huillard, pdg du groupe de BTP Vinci.
Michel Pébereau, président du conseil de surveillance de BNP Paribas et Christine Lagarde, ministre de l'Économie, lors de la réunion des responsables de banques au palais de l'Élysee à la suite du sommet du G20 le 1er octobre 2009 - ©LUDOVIC/REA
1/ Qui sont-ils ?
L’Institut de l’Entreprise cherche à produire de la pensée « managériale », de la « prospective » et à diffuser la « pédagogie des faits » économiques aux « leaders d’opinion ». Michel Pébereau a été très écouté par l’Elysée au moment de la crise financière de 2008.
“ la Fondation Concorde est très impliquée sur les questions de compétitivité avec son slogan « faire de la France le pays le plus prospère d’Europe » ”
Autre cercle influent, la Fondation Concorde, créée également sous l’égide de Jérôme Monod à la fin des années 90. Initialement proche des jeunes chiraquiens libéraux comme Hervé Gaymard ou Renaud Dutreil, elle s’est naturellement sentie en phase avec des sarkozystes comme Valérie Pécresse ou Pierre Lellouche, et attire à elle des copéistes libéraux comme Luc Chatel ou Hervé Novelli. Dirigée par l’économiste Michel Rousseau, professeur à Dauphine, la Fondation Concorde est très impliquée sur les questions de compétitivité avec son slogan « faire de la France le pays le plus prospère d’Europe ». Lieu de débats, elle revendique 2 500 adhérents et se définit aussi comme un « véritable lobby » en faveur des réformes du gouvernement actuel.
Les think tank libéraux font leur lobbying
Plus à droite, la Fondation iFrap, l’institut Français de recherches sur les administrations et les politiques publiques, présidée par Bernard Zimmern et dirigée par Agnès Verdier-Molinié, auteur de plusieurs livres best-sellers sur la mauvaise gestion de l’Etat, fait la chasse aux gaspillages de l’administration. L’iFrap se fait connaître par la publication de sa revue Société civile, envoyée à tous les parlementaires et les journalistes.
“ le CEPS est l’un des rares think tanks à
être reconnu comme ONG par le Conseil de l’Europe ”
Plus discret, mais pas moins influent, le Centre d’étude prospective et stratégique (CEPS), créé en 1985 par Loïc Tribot La Spière, occupe une place à part dans cette galaxie. Il se présente comme une « société de pensée » indépendante, réunissant quelques 600 « décideurs », pdg, cadres dirigeants et professions libérales. Financé par une cinquantaine d’entreprises (dont SFR, Areva, L’Oréal, McKinsey et des groupes de défense comme EADS, Thales ou Safran), le CEPS est l’un des rares think tanks à être reconnu comme ONG par le Conseil de l’Europe. « Nous pensons que la société civile doit jouer un rôle politique de manière non partisane », explique son fondateur.
1/ Qui sont-ils ?
Agnès Verdier Molinié, économiste membre de la Fondation iFRAP - ©Jerome CHATIN/EXPANSION-REA
Les think tank libéraux font leur lobbying
Virginie Calmels, PDG d'Endemol France et membre du CEPS - ©Raphael Demaret/REA
1/ Qui sont-ils ?
Libéral, le CEPS s’est mobilisé sur la citoyenneté européenne, la promotion des petites entreprises, ou la protection des industries stratégiques. Mêlant catholiques, athées et francs-maçons, il réunit des personnalités aussi diverses que Marwan Lahoud, un des dirigeants d’EADS, Virginie Calmels, patronne d’Endemol France, Nicolas Arpagian, expert de la cyberguerre, ou Etienne Mougeotte, directeur des rédactions du Figaro. Un OVNI !