Un réseau « secret défense » veille au grain
Qui sont-ils ?
Un vivier des plus « hauts potentiels de la République » , mêlant militaires et civils, forme une communauté silencieuse, très influente dans le domaine de la défense.
C’est l’un des réseaux les plus secrets de France. Un de ceux que seuls les experts connaissent et dont les membres parlent souvent avec un petit air de conspirateur. Il réunit quelques milliers d’initiés, civils et militaires. Triés sur le volet après une longue expérience professionnelle, ils sont passés par le même moule, l’Institut des Hautes études de défense nationale (IHEDN), qui permet à ces
1/ Qui sont-ils ?
« auditeurs » d’accéder à certains secrets les mieux gardés des armées et qui leur ouvre de nombreuses portes. Grâce à ce sésame, les généraux y gagnent parfois des étoiles et les cadres des promotions.
La sélection drastique à l’entrée des candidats est souhaitée par les anciens, fiers du vivier de « hauts potentiels de la République » qui en résulte. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter Jean-Raphaël Notton, radiologue et ex-expert santé du RPR, qui préside l’Union des associations d’auditeurs de l’IHEDN.
Un réseau de « hauts potentiels » au cœur de la République
Un réseau « secret défense » veille au grain
La plupart d’entre eux demeurent discrets et peu connus du grand public. Mais plusieurs membres du gouvernement, à commencer par le Premier ministre, François Fillon, ainsi que Nathalie Kosciusko-Morizet ou Thierry Mariani ont suivi les sessions nationales de l’IHEDN, de même que le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, et le chef d’état-major particulier du président de la République, le général Benoît Puga. Deux hommes clés du dispositif de défense française, passés parallèlement par l’incontournable Centre des hautes études militaires (CHEM), l’école réservée aux officiers supérieurs, qui fabrique les futurs très hauts gradés.
Déplacement du président de la République dans la Somme sur le thème de la relance du transport fluvial avec Nathalie Kosciusko Morizet, ministre de l'écologie et Thierry Mariani, secrétaire d'état aux transports le 5 avril 2011 - ©LUDOVIC/REA
Les autres auditeurs tiennent également des postes stratégiques dans les ministères, au sein des armées, des services de renseignement, des grandes entreprises (d’IBM à EADS, en passant par GDF-Suez, France Télécom, ou Dassault), des organisations consulaires, syndicales, religieuses, ainsi que dans les médias.
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“ Tous ne sont pas dévoués corps et âme à ce réseau. Mais la plupart ne dédaignent pas le cultiver. ”
Tous ne sont pas dévoués corps et âme à ce réseau. Mais la plupart ne dédaignent pas le cultiver. Parmi ses membres, citons notamment l’industriel et sénateur Serge Dassault ; Thierry Breton, ancien ministre de l’Economie; Jean-Marie Bockel, ancien secrétaire d’Etat ; Didier Migaud, ex-député PS d’Isère, qui préside la Cour des Comptes; Bernard Squarcini, le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur ; Jean-Marie Burguburu, avocat et ancien bâtonnier de Paris ; Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social ; Emmanuel Hoog, l’actuel Pdg de l’Agence France Presse ; Pierre Baretti et Catherine Jentile, journalistes à TF1. Et même les anciennes juges d’instruction Eva Joly et Laurence Vichnievsky, un temps passionnées par les sujets stratégico-militaires, et engagées en politique du côté d’Europe Ecologie…
L'Amiral Edouard Guillaud (à gauche), Nicolas Sarkozy et le Général Benoît Puga (à droite) lors de la cérémonie de prise d'armes d'automne aux Invalides le 26 novembre 2010 - ©WITT-LUDOVIC/REA
Un réseau « secret défense » veille au grain
Didier Migaud, député PS et Jean Marie Bockel, secrétaire d'État à la Francophonie, deux élus passés par l'IHEDN, lors du défilé militaire, place de la concorde le 14 juillet 2007 - ©LUDOVIC/REA
Les IHEDN sont également très nombreux dans le monde proliférant des sociétés de conseil, notamment celui de la sécurité et de l’intelligence économique, où l’on croise des profils multicartes. Le président du conseil d’administration de l’Institut, par exemple, s’appelle Olivier Darrason. Enarque, préfet, ancien député UDF de la région d’Istres, expert des questions aéronautiques, il a fondé en 1997 la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS), qui
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conseille aussi bien les grands industriels du secteur de l’armement, que le ministère de la Défense, l’état-major des armées, ou le président de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale. Un homme de réseaux très écouté.