20-05-2013
À découvrir cette semaine
Les think tanks de gauche préparent l’alternance
Qui sont-ils ?
Une galaxie de clubs et de cercles intellectuels en plein réveil, qui vont des anti-capitalistes aux sociaux-démocrates.
Depuis deux ou trois ans, à l’approche des nouvelles élections, toutes les sensibilités de gauche ont ranimé leurs think tanks, ces cercles de réflexion mêlant universitaires, hauts fonctionnaires, responsables politiques, économiques ou sociaux.
1/ Qui sont-ils ?
Du côté de la gauche « anti-capitaliste », les idées germent notamment à la Fondation Copernic, autour du syndicaliste Pierre Khalfa, du sociologue Willy Pelletier, de la linguiste Josiane Boutet et de l’avocate Caroline Mécary, proches du mouvement Attac. Comme l’explique Caroline Mécary dans cette vidéo, la Fondation Copernic a été très en pointe lors du vote du « Non » au referendum européen et contre la réforme des retraites de 2010.
La Fondation Copernic, une boîte à idées très critique (ITW Mécary)
Les think tanks de gauche préparent l’alternance
La Fondation Copernic n’est pas la seule à pimenter le débat. Le PCF a réveillé la Fondation Gabriel Peri, reconnue d’utilité publique depuis 2004 et présidée par le sénateur Robert Hue. Les proches de Jean-Pierre Chevènement réfléchissent à la crise et au modèle républicain au sein de la Fondation Res Publica, créée en 2005 et, elle aussi, reconnue d’utilité publique.
Jean-Pierre Chevenement, Président du Mouvement républicain et citoyen (MRC), lors de l'Université d'été du Parti Socialiste le 29 août 2009 - ©DENIS/REA
1/ Qui sont-ils ?
“ Même les écologistes ont ressenti la nécessité de lancer leur propre think tank, la Fondation pour l’écologie politique ”
L’ancien eurodéputé communiste Philippe Herzog continue d’animer Confrontations Europe, où se croisent notamment le président de la Poste Jean-Paul Bailly et des syndicalistes. Même les écologistes ont ressenti la nécessité de lancer leur propre think tank, la Fondation pour l’écologie politique, en train de sortir des cartons, afin d’alimenter leurs réflexions.
Une certaine émulation se fait jour entre ces think tanks partisans de changements radicaux à gauche et la grande galaxie des laboratoires d’idées des « sociaux-démocrates », beaucoup plus modérés, qui gravitent autour du Parti socialiste. Les cénacles importants de cette mouvance réformiste se sont réanimés ces dernières années autour de multiples pôles :
-La République des idées », cénacle de Pierre Rosanvallon, professeur au Collège de France. Ce think tank haut de gamme édite une revue en ligne, La Vie des Idées, présentée comme une « coopérative intellectuelle» et publie des essais très remarqués au Seuil, que ce soit pour « repenser l’Etat », sur la « peur du déclassement » ou « la démocratie internet ».
Les think tanks de gauche préparent l’alternance
Paul Thibaud, philosophe, ancien rédacteur en chef de la revue Esprit, lors du débat du cercle Thomas d'Aquin sur la justice le 26 mai 2006 - ©Marta NASCIMENTO/REA
-La revue Esprit dirigée par Olivier Mongin, qui a succédé au philosophe Paul Thibaud. C’est un des temples de la pensée, fondé en 1932 par Emmanuel Mounier, en vue de « décrypter les évolutions de la politique, de la société et de culture, en France et dans le monde ». La revue mensuelle aborde ses sujets variés, du Mediator à la crise financière en passant par l’héritage du philosophe Claude Lévi-Strauss.
-Le site Telos, « agence intellectuelle » née en 2005 sous les auspices de Zaïki Laïdi, directeur de recherches à Sciences-Po, qui sert de plateforme de débats aux chercheurs et universitaires.
1/ Qui sont-ils ?
-Le think tank bruxellois Bruegel, fondé en 2005, animé notamment par l’économiste Jean Pisani-Ferry, également professeur à Paris-Dauphine, et Nicolas Véron, ancien membre du cabinet de Martine Aubry au ministère du Travail.
-Le think tank En Temps réel, présidé par le banquier Stéphane Boujnah, qui travaille notamment sur la régulation et la mondialisation. On peut y croiser le banquier Gilles de Margerie, le directeur juridique adjoint de PPR Julien Cantegreil, le directeur de Grasset-Fayard Olivier Nora, le directeur du Nouvel Obs Laurent Joffrin, le directeur d’Europe 1 Denis Olivennes, l’ancienne secrétaire générale de la CFDT Nicolas Notat, le philosophe Marcel Gauchet , l’ancienne ministre Anne-Marie Idrac, ou Bernard Spitz, actuel président de la Fédération française des sociétés d’assurances.
Gilles de Margerie,
directeur général délégué aux finances du Crédit Agricole, le 6 septembre 2006
©Hamilton/REA
Les think tanks de gauche préparent l’alternance
Frédéric Martel auteur du livre "De la Culture en Amérique" - ©Jerome CHATIN/ EXPANSION-REA
1/ Qui sont-ils ?
-Le site nonfiction.fr dirigé par l’écrivain Frédéric Martel et soutenu notamment par la Fondation Jean-Jaurès. Créé en 2007, il se définit comme un site d'actualité des idées et de critiques des livres » animé par un collectif de plus de 800 chercheurs, journalistes et de créateurs de sites Internet, de tendance réformiste.
-Les Gracques, groupe de hauts fonctionnaires ou personnalités transpartisanes, animé par Bernard Spitz. Née en 2007, cette amicale informelle avait appelé à une alliance PS-UDF. On y retrouve le banquier Gilles de Margerie, le président de l’Autorité des marchés financiers Jean-Pierre Jouyet (ancien directeur adjoint du cabinet de Jospin à Matignon et ex-ministre des Affaires européennes de Nicolas Sarkozy), ainsi que l’éditeur Alexandre Wickham (Albin Michel), le banquier Guillaume Hannezo (associé-gérant chez Rothschild et Cie, ou l’énarque Denis Olivennes. Ils viennent de publier un ouvrage collectif « Ce qui ne peut plus durer » (Albin Michel), programme économique de rigueur pour un gouvernement de centre-gauche.
Guillaume Hannezo lors de la première Université d'été des Gracques le 26 août 2007 - ©DENIS/REA
Les think tanks de gauche préparent l’alternance
Daniel Cohen, économiste et Martine Aubry, première secrétaire du PS, le 25 août 2011 - ©DENIS/REA
-Le think tank Terra Nova, lancé en 2008 par l’énarque Olivier Ferrand, un proche de DSK. Celui-ci réunit un panel de plus de cent cinquante personnalités, de Marc-Olivier Padis, rédacteur en chef de la revue Esprit à Louis Dreyfus, président du directoire du journal Le Monde, en passant par Guillaume Hannezo, les économistes Daniel Cohen (membre de l’équipe de campagne de Martine Aubry, Geoffroy Roux de Bézieux, président de l’Unedic, Paul Hermelin directeur général de CapGémini, d’ex-membres de cabinets ministériels de gauche, le constitutionnaliste Olivier Duhamel ou l’ancien Premier ministre Michel Rocard.
1/ Qui sont-ils ?
-La Fondation Jean Jaurès, dans l’orbite du PS, animée par Gilles Finchelstein, ancienne plume de DSK et directeur des études chez Euro-RSCG. Créée en 1992 et actuellement présidée par l’ancien Premier ministre Pierre Mauroy, entourée d’une kyrielle de personnalités et anciens ministres, la Fondation a une triple vocation de préservation des archives socialistes, de coopération internationale et de laboratoires d’idées. Elle repose sur un conseil scientifique présidé par l’économiste Daniel Cohen, et des personnalités variées comme le banquier Matthieu Pigasse, le politologue Pascal Perrineau, le député Pierre Moscovici ou le directeur de l’Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy.
Les passerelles sont nombreuses entre les différents think tanks. Le philosophe Olivier Mongin, de la revue Esprit, est ainsi vice-président de la République des idées, cofondateur de Terra Nova et membre du conseil scientifique de la Fondation Jean Jaurès. Le banquier Gilles de Margerie, ancien collaborateur de Michel Rocard, est l’un des animateurs de Terra Nova tout en étant vice-président d’En temps réel, membre des Gracques et cofondateur de non-fiction.fr. L’économiste Philippe Askenazy participe aux travaux de Terra Nova, de la Fondation Jean Jaurès tout en étant signataire du « manifeste des économistes atterrés » qui a lancé durant l’été 2010 un mouvement critique sur le libéralisme et la gouvernance économique actuelle.