18-05-2012
À découvrir cette semaine
La bande du Fouquet’s prospère
Qui sont-ils ?
Une centaine d’invités, triés sur le volet par Cécilia Sarkozy pour fêter la victoire de son mari dans le restaurant huppé des Champs-Elysées. Une soirée curieuse, où les milliardaires buvaient à la santé de leur héros, qui attendait son épouse…
Ils ont été conviés le dimanche 7 mai 2007 au soir par Nicolas Sarkozy et son épouse Cécilia à fêter son élection, au restaurant le Fouquet’s, sur les Champs-Elysée. Pdg du CAC 40, amis de Neuilly-sur-Seine, intimes du couple présidentiel, membre de l’équipe de campagne, conseillers et sondeurs, artistes et journalistes : une centaine de ceux qui ont soutenu le nouveau président de la République dans son marathon politique jusqu’à l’Elysée se sont
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retrouvés là, buvant un verre à la victoire de leur héros, ravis d’être les initiés réunis dans ce palace des stars, échangeant leurs impressions entre la terrasse, le salon Diane et le bar Le Lucien. Un simple « cocktail dînatoire » qui, par son caractère élitiste et mondain, est devenu le symbole naissant d’une présidence « bling-bling », très vite contestée.
Cette soirée du Fouquet’s a marqué l’esprit, au point que, en décembre 2010, des syndicalistes ont manifesté devant ce restaurant de luxe, comme le montre ce reportage :
Quand la CGT manifeste au Fouquet’s (INA)
La bande du Fouquet’s prospère
“ Un certain nombre de collaborateurs de Sarkozy n’y figurent pas, Brice Hortefeux, Laurent Solly ou Pierre Charon, que la future Première Dame n’apprécie pas. ”
Pour cette soirée « privée », les invités ont été choisis de manière arbitraire par Cécilia Sarkozy. Un certain nombre de collaborateurs de Sarkozy n’y figurent pas, tels que l’inusable Brice Hortefeux, le directeur de campagne adjoint Laurent Solly ou le conseiller Pierre Charon, que la future Première Dame n’apprécie pas. Pas d’Arnaud Lagardère non plus, pourtant qualifié de « frère » à une époque, ni d’Henri de Castries, le brillant patron d’Axa, ou d’Edouard de Rothschild, l’héritier devenu le principal actionnaire de Libération, journal de gauche… La liste a des mystères que la raison ignore.
L’épouse du candidat a pris soin de sélectionner plusieurs groupes de VIP, devenus, au fil des ans des intimes de Nicolas Sarkozy.
Le propriétaire des lieux, bien sûr, ouvre le bal : Dominique Desseigne, Pdg du groupe Barrière, qui possède des hôtels et des casinos, a souvent accueilli le couple Sarkozy dans ses palaces, de Deauville ou La Baule, pour de courts séjours. C’est lui qui a proposé
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que la fête se déroule dans son restaurant, avant d’héberger le nouvel élu dans son établissement pour sa première nuit de président.
Dominique Desseigne, PDG du groupe Barrière et Nicolas Sarkozy lors d'un apéritif informel avec des chefs d'entreprises français à la terrasse de l'hôtel Sofitel de Marrakech le 24 octobre 2007 - ©LUDOVIC/REA
La bande du Fouquet’s prospère
Nicolas Sarkozy, Cécilia Sarkozy et les enfants du couple présidentiel - ©Hamilton/REA
La famille de Nicolas l’entoure, avec sa mère Andrée et ses deux frères, François et Guillaume, ses fils ainsi que les filles de Cécilia et les fils de Nicolas. L’équipe de campagne est représentée par le chef de cabinet David Martinon, les conseillers Claude Guéant et Henri Guaino, le fidèle Roger Karoutchi, le couple Isabelle et Patrick Balkany de Levallois, l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin venus avec son épouse, son futur successeur François Fillon, les femmes ministrables comme Rachida Dati et Christine Albanel. S’y ajoutent d’incontournables éminences grises, comme le consultant multi-cartes Alain Minc et le patron de l’institut de sondage
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Ipsos Pierre Giacometti, deux hommes qui resteront ses conseillers officieux à l’Elysée, l’essayiste Nicolas Baverez ou le patron de la rédaction du Figaro, Nicolas Beytout.
“ Cécilia Sarkozy a aussi convié ses meilleurs amis ”
Cécilia Sarkozy a aussi convié ses meilleurs amis, comme Conrada de La Brosse, dirigeante de la société L’Esprit de Château et femme du publicitaire François de La Brosse, qui s’est occupé du site internet de la campagne ; Agnès Cromback, présidente de Tiffany France, et son mari joallier ; Mathilde Agostinelli, la directrice de la communication de Prada et son époux Robert, financier italien. S’y ajoutent Xavier et Sylvie de Sarrau, intimes dont la maison d’Arcachon a souvent accueilli le couple.
Une kyrielle de Pdg fortunés ou d’éminences de la finance sont également de la partie, ceux qu’admire Nicolas Sarkozy, tels que Bernard Arnault (LVMH), son bras droit Nicolas Bazire, Martin Bouygues, Vincent Bolloré (Havas), Henri Proglio (Veolia), Patrick Kron (Alstom), Serge Dassault, l’afficheur Jean-Claude Decaux, le financier Antoine Bernheim, l’homme d’affaires belge Albert Frère, le milliardaire canadien Paul Desmarais, l’ex-patron d’Endemol Stéphane Courbit et l’ancien argentier du football Jean-Claude Darmon.
La bande du Fouquet’s prospère
La liste est enrichie d’une ribambelle de stars - Johnny Halliday et son épouse Laetitia, les comédiens Christian Clavier et Marie-Anne Chazel, l’acteur Jean Reno et sa femme top-model Zofia Berucka, l’animateur Arthur - auxquels s’adjoignent des ex-sportifs, de Bernard Laporte à Richard Virenque, en passant par l’ancien champion de football Basile Boli ou l’ex-rugbyman Denis Charvet ou le champion de taekwondo Pascal Gentil. Sans oublier les éditeurs de Nicolas Sarkozy, Bernard Fixot et Valéry-Anne Giscard d’Estaing, l’ancien patron de l’Opéra de Paris Hugues Gall, le maître de ballet Eric Vu-an et un photographe de l’agence Sipa Philippe Warrin, sélectionné par Cécilia pour immortaliser la soirée.
Quelques clichés seront publiés dans Paris-Match. Mais cette « nuit du Fouquet’s » devait rester une soirée sans tapages. Elle ne l’est pas demeurée, grâce au récit vif qu’en ont fait, après enquête, les journalistes Ariane Chemin et Judith Perrignon, dans un petit ouvrage paru fin 2007. Une peinture instantanée d’un groupe de convives, qui allait bientôt être surnommé « la bande du Fouquet’s ».
Une soirée ennuyeuse. C’est ce que les invités garderont pourtant en mémoire de ce moment censé célébrer la victoire de Nicolas Sarkozy, entre petits fours et champagne. « Ici, vous êtes toute ma famille, celle des bons et des mauvais jours », leur dit-il, ému, une fois arrivé, seul avec son fils Jean, de la salle Gaveau où les militants de l’UMP l’ont acclamé. Il demeure pourtant tendu, regardant sans cesse sa montre. Car il attend fébrilement Cécilia, son épouse qui joue avec ses nerfs en retardant jusqu’au dernier moment son heure d’arrivée
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Restaurant Fouquet's sur l'avenue des Champs Élysées - ©Pascal SITTLER/REA
au Fouquet’s. Elle n’a pas voté le jour même et semble plus insaisissable que jamais, déjà ailleurs.
Les heures passent, interminables, les convives, gênés, se regardent contrits. Le nouvel élu, partagé entre l’impatience de ses supporters qui l’attendent place de la Concorde et son obsession d’avoir Cécilia à ses côtés, tarde à quitter les lieux. Il passe un mauvais moment. Malgré l’empathie de ses amis du Fouquet’s, son élection a un curieux parfum d’amertume.