23-05-2013
À découvrir cette semaine
Les princes des médias jouent avec les pouvoirs
Qui sont-ils ?
On les appellent les médiacrates, ces piliers de la sphère médiatique qui occupent les journaux, les écrans et les radios, et changent de postes dans un interminable mercato.
1/ Qui sont-ils ?
Ce n’est pas à proprement parler un réseau formel, ni une amicale d’anciens. Tout juste une petite caste, celles des patrons de presse et princes des médias, omniprésents dans les magazines, sur les ondes et les plateaux télé. Ils dissertent à foison, changent de postes régulièrement, jouent avec tous les pouvoirs politiques.
L’un de ses dignes représentants est Denis Olivennes, passé de la Fnac au Nouvel Obs en 2008, qui a atterri à la direction d’Europe 1 début 2011. Un énarque de gauche, ami de Carla Bruni (voir réseau Carla), au CV impressionnant, comme en témoigne ce portrait diffusé le 11 janvier 2009, dans l’émission « Thé ou café » sur France 2, alors qu’il était au Nouvel Obs.
Olivennes, portrait d’un accro aux medias (INA)
Les princes des médias jouent avec les pouvoirs
Appelé par Arnaud Lagardère pour succéder à Alexandre Bompard, pdg d’Europe 1 parti diriger la Fnac, Denis Olivennes a du changer l’équipe de présentation de la tranche matinale de la radio, le tonique animateur Marc-Olivier Fogiel ayant quitté brusquement le navire. C’est le jeune journaliste Guillaume Cahour qui l’a remplacé au pied levé, avant l’arrivée attendue de Bruce Toussaint, un ex-Canal Plus, à la rentrée de septembre 2011.
Denis Olivennes, pdg de la radio Europe 1 lors de la soirée Sidaction au Musée du quai Branly le 9 mars 2011 - ©DENIS/REA
1/ Qui sont-ils ?
“ Pour marquer son empreinte, Denis Olivennes a aussi fait appel à l’un de ses amis, le politologue de gauche Olivier Duhamel ”
Pour marquer son empreinte, Denis Olivennes a aussi fait appel à l’un de ses amis, le politologue de gauche Olivier Duhamel, - coprésentateur avec Michel Field de Mediapolis, une autre émission d’Europe 1 - pour assurer une chronique politique quotidienne dans cette tranche horaire stratégique. Duhamel est censé faire un peu contrepoids à l’éditorialiste de droite Catherine Nay, pilier de la maison, confinée à l’antenne du week-end.
Denis Olivennes a également débauché Arlette Chabot, comme nouvelle directrice de l’information. Venue de France Télévisions où son avenir s’était soudainement assombri après l’arrive du nouveau Pdg Rémy Pflimlin, cette interieweuse politique n’est pas une novice : après avoir dirigé le service politique de France Inter de 1974 à 1984, elle a enchaîné TF1, FR3 et France 2. Arrivée à Europe 1, elle fait face à un autre vétéran du paysage médiatique, l’indéboulonnable interviewer septuagénaire Jean-Pierre Elkabbach, ancien patron de la station et ex-Pdg de France Télévisions.
Les princes des médias jouent avec les pouvoirs
Lorsqu’Arlette Chabot et Jean-Pierre Elkabbach sortent des studios d’Europe 1, rue François 1er, dans le 8ème arrondissement, ils peuvent retrouver, à quelques mètres de là, leur vieux comparse Alain Duhamel, qui officie chaque matin sur RTL et déjeune régulièrement le midi à L’Avenue, un des restaurants chics du tout-Paris médiatique. D’une longévité aussi spectaculaire que ses pairs d’Europe 1, Duhamel, âgé de plus de 70 ans, a démarré dans le
Eric Zemmour et Alain Duhamel, lors de la conférence de rentrée de la radio RTL le 8 septembre 2010 - ©DENIS/REA
1/ Qui sont-ils ?
commentaire politique en… 1963 au Monde, avant d’enchaîner presque cinquante ans de télés et de radios. Qu’il pleuve ou qu’il vente, il continue de distribuer bons et mauvais points modérés dans ses billets de RTL, de rédiger ses chroniques au Point et à Libération et de publier des livres politiques.
“ Le vivier des médiacrates comporte aussi quelques pointures plus jeunes. A commencer par Jean-Michel Apathie ”
Le vivier des médiacrates comporte aussi quelques pointures plus jeunes. A commencer par Jean-Michel Apathie, chroniqueur sur RTL et Canal Plus, ancien de Libération, du Journal du dimanche, du Parisien, de l’Express et de France Inter, bloggeur parfois vengeur et interviewer loquace.
Sur le terrain du commentaire, il fait face à une rude concurrence avec le quadragénaire Christophe Barbier. Monté en puissance au Point, celui-ci est devenu le bras droit de son mentor Denis Jeambar, patron de l’Express, avant de prendre les rênes de ce dernier hebdomadaire. Volubile, il est aussi omniprésent dans tous les médias, sur LCI, France 5, France 2 et sur internet. Mais son vrai rival est plutôt Franz-Olivier Giesbert, patron du Point après avoir piloté successivement Le Nouvel Obs et Le Figaro, aussi accro aux médias que lui.
Les princes des médias jouent avec les pouvoirs
Nicolas Beytout, alors directeur de la rédaction du Figaro et Christophe Barbier, directeur de la rédaction de l'Express lors du lancement du supplément Réussir le 8 mars 2007 - © LUDOVIC/REA
Le sérail comprend enfin d’autres figures connues, habituées des plateaux télé et des radios, à l’instar de Laurent Joffrin, passé plusieurs fois de Libération au Nouvel Obs ; d’Etienne Mougeotte, patron du Figaro qui a longtemps dirigé TF1 ; de Nicolas Beytout, qui préside les Echos après un passage au Figaro ; de Nicolas Domenach directeur adjoint de la rédaction de Marianne et choniqueur sur i-Télé et Canal Plus ; de Sylvie Pierre-Brossolette, qui a enchaîné L’Express, BFM, Le Figaro-Magazine et Le Point, que l’on entend sur France Info face à Joffrin ; d’Eric Zemmour, présent sur France 2, RTL et au Figaro-Magazine.
1/ Qui sont-ils ?
Tous ne sont pas forcément sur la même ligne éditoriale. Mais ils sont soupçonnés de connivences, entre eux et avec les pouvoirs politiques. Peu suspect de gauchisme, Alain Duhamel a reconnu, dans un récent livre d’entretiens, que « les plus connus des journalistes ont des revenus, des modes de vie, souvent des comportements qui les amalgament au cercle des puissants »...
Etienne Mougeotte, directeur de rédaction du Figaro, lors de la présentation de la nouvelle formule du quotidien, le 18 septembre 2009 - ©LUDOVIC/REA