25-05-2013
À découvrir cette semaine
La galaxie gay s’agrandit
Qui sont-ils ?
Une nébuleuse de personnalités et d’associations essaie de défendre les droits des personnes gay-lesbien-bi-trans, sous l’appellation LGBT. Avec des relais dans les sphères politiques, les administrations, les médias, le monde des affaires.
1/ Qui sont-ils ?
Dans la sphère médiatique, le magazine Têtu, lancé par l’homme d’affaires Pierre Bergé en 1995, incarne, en dépit de difficultés financières récurrentes, une sorte d’étendard glamour des réseaux gays, en pleine expansion. Son directeur de la rédaction, Gilles Wullus, raconte d’où vient ce magazine et à quoi il sert aujourd’hui.
Comment Têtu est devenu un magazine gay branché
La galaxie gay s’agrandit
Line Renaud et Pierre Bergé lors du lancement du Fonds de dotation Pierre Bergé pour la recherche contre le Sida le 27 octobre 2009 - ©DENIS/REA
1/ Qui sont-ils ?
Le personnage central de la galaxie gay demeure Pierre Bergé. A 80 ans passés, le richissime homme d’affaires, ancien compagnon du couturier Yves Saint Laurent, continue de défendre la cause homosexuelle sur tous les fronts. Outre son actionnariat dans Têtu, il est l’un des parrains du Sidaction, aux cotés de Line Renaud, qui récolte chaque année plus de 6 millions d’euros pour la recherche et la prévention contre le sida. Il a financé les militants d’Act-Up et la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent soutient plusieurs associations, dont SOS Homophobie. Il sert à la fois de tuteur et de grand argentier.
“ la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent soutient plusieurs associations, dont SOS Homophobie ”
La promotion des sujets de société LGBT est surtout assurée par les militants de terrain, comme l’état-major d’Act-up Paris, la présidente du centre-LGBT de Paris Christine Le Doaré, le président de SOS Homophobie Bartholomé Girard, le porte-parole de l’Association des parents gays et lesbiens Philippe Rollandin, le juriste Daniel Borillo, l’avocate Caroline Mécary, ses confrères Emmanuel Pierrat et Emmanuel Ludot, la rédactrice en chef de ProChoix Caroline Fourest et les fondateurs d’Entrée payante José Lévy (designer) et Laurent Claquin (directeur chez PPR). Ou encore l’infatigable Louis-Georges Tin, initiateur de la journée mondiale contre l’homophobie, instaurée en 2005.
La galaxie gay s’agrandit
Christophe Girard, adjoint à la mairie de Paris, Anne Hidalgo, première adjointe à la mairie de Paris et Bertrand Delanöe, maire PS de Paris, le 2 février 2010
©HAMILTON/REA
Ils ont quelques appuis dans la sphère politique. Chez les Verts avec Noël Mamère et la députée de Paris Martine Billard. A la mairie de Paris, grâce à Bertrand Delanoë et son adjoint Christophe Girard, chargé des affaires culturelles, qui travaille au sein du groupe LVMH. Mais le maire de Paris, qui participe régulièrement à la Gay Pride, la Marche des fiertés, ne se met pas toujours en avant sur ces sujets afin d’éviter d’être accusé de partialité.
Au sein du PS, le message est également relayé par Najat Vallaud-Belkacem, secrétaire nationale chargée des questions de société. Elle est secondée par Gilles Bon-Maury, qui pilote « Homosexualités et socialisme ». Née en 1983, cette association se démène dans toutes les fédérations et auprès des candidats aux primaires, notamment pour inscrire le mariage gay et l’adoption dans la plateforme pour 2012.
1/ Qui sont-ils ?
A droite, les réseaux gays sont plus à la peine. L’affichage public de personnalités comme Jean-Luc Romero ou de l’ex-ministre Roger Karoutchi n’a guère fait bouger les lignes. Mise à part Carla Bruni-Sarkozy - encensée par les gays de l’UMP! - seules les ministres Nadine Morano, Roselyne Bachelot et Rama Yade ont relayé quelques combats LGBT. La direction de l’UMP, que ce soit avec Xavier Bertrand ou Jean-François Copé, demeure relativement hermétique sur ces sujets, et n’a pas sanctionné les propos homophobes du député du Nord Christian Vanneste. Au sein de cette mouvance présidentielle, l’association Gay Lib, fondée par Sébastien Chenu et présidée par Emmanuel Blanc, parle « d’immense déception » depuis 2007. L’ancien président de l’association, Stéphane Dassé, élu UMP des Yvelines, a même créé une association dissidente, la Fondation pour l’Egalité.
Jean Luc Romero, conseiller régional et responsable de l'association des Élus locaux contre le sida - ©DENIS/REA
La galaxie gay s’agrandit
Jean-Jacques Aillagon, président de l'Établissement public du musée et du domaine national de Versailles, dans son bureau le 23 mars 2009 - ©Hughes BIGO/Challenges-REA
Les réseaux gays sont plus influents dans certaines administrations. La plupart des ministres de la Culture, de Jean-Jacques Aillagon à Frédéric Mitterrand, ont affiché cette orientation sexuelle. Le Conseil d’Etat – surnommé avec humour « le conseil des tatas » par les initiés - est réputé accueillir nombre de hauts fonctionnaires gays, tout comme le Quai d’Orsay, où une association LGBT, Algo, a été fondée en 2007. Des groupes gays ont aussi vu le jour à Bercy, au sein de la police, de la gendarmerie, de même que
1/ Qui sont-ils ?
dans des grandes entreprises, telles que la RATP ou SFR, et parmi les anciens de grandes écoles, comme OUTside HEC. Le Syndicat national des entreprises gays, lobby professionnel, revendique plusieurs centaines d’adhérents. Le Cercle Saint Sébastien réunit discrètement des dirigeants économiques. De son côté, l’Autre Cercle, œuvre avec ses 600 membres dans le monde professionnel, sous l’égide de Catherine Tripon, militante active sur le front de la diversité.
“ Même les loges maçonniques accueillent de plus en plus de gays et lesbiennes. ”
Même les loges maçonniques accueillent de plus en plus de gays et lesbiennes. La fraternelle des « Enfants de Cambacérès » en regroupe ainsi une centaine, qui se retrouvent pour des dîners mensuels autour d’un invité (voir le réseau francs-maçons). Fondée par Donald Potard, ancien bras droit du couturier Jean-Paul Gaultier, cette fraternelle a notamment été présidée par la consultante en communication Dominique de Souza-Pinto, membre de la Grande Loge Féminine de France et vice-présidente de Gay Lib.
Les mondes du luxe, de l’art, des médias et de l’audiovisuel comptent de nombreuses personnalités gays, de Jean-Paul Gaultier à Stéphane Bern, en passant par Marc-Olivier Fogiel, Joseph Macé-Scaron (Marianne) et l’ancien pdg de France Télévision Marc Teissier.
La galaxie gay s’agrandit
Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et Jean-Paul Cluzel, président du Grand Palais lors de l'inauguration de l'exposition "De Byzance à Istanbul" au Grand Palais le 9 octobre 2009 - ©POOL/LUDOVIC-REA
Tous ne sont pas des militants revendicatifs, mais certains jouent la carte des réseaux. Jean-Paul Cluzel, patron du Grand Palais et ex-pdg de Radio France, reste ainsi très impliqué, notamment comme membre du comité de direction de Yagg, site communautaire en vogue. Créé en 2008 par des dissidents de Têtu, dont Christophe Martet, ancien président d’Act-up, Yagg bénéficie aussi du soutien de l’avocate Caroline Mécary et des entrepreneurs Thierry Wilhelm (Doxa) et Jean-Baptiste Descroix-Vernier (Rentabiliweb).
1/ Qui sont-ils ?
De son côté, Pascal Houzelot, le très branché fondateur de Pink TV, proche de TF1, de Canal Plus et de Gay Lib, a présenté Pierre Bergé à Mathieu Pigasse, banquier chez Lazard, afin qu’ils deviennent, avec Xavier Niel (fondateur de Free), les trois principaux actionnaires du Monde. Enfin le banquier d’affaires Philippe Villin, ancien patron du Figaro, promeut discrètement la cause dans le monde des VIP, y compris auprès de son ami Nicolas Sarkozy.