24-05-2013
À découvrir cette semaine
Les papys de la Françafrique font de la résistance
Qui sont-ils ?
Un ensemble hétéroclite de chef d’Etats, de conseillers occultes, d’émissaires officieux, de gourous et d’hommes d’affaires intéressés par la préservation de certaines habitudes et rentes de situation en Afrique francophone.
1/ Qui sont-ils ?
Le terme de « Françafrique est né d’une boutade, celle de la « France-à-fric », symbole des financements occultes qui ont « fluidifié » les rouages franco-africains depuis plus de cinq décennies. Mais l’expression est devenue quasiment officielle, couvrant l’ensemble des relations, politiques autant qu’économiques, publiques comme parallèles, de l’hexagone avec ces anciennes colonies du sud de Sahara.
L’un des rois de la Françafrique a longtemps été le président gabonais Omar Bongo. Après plus de quarante de règne sur son petit pays pétrolier, il est décédé mi-2009. Regardez son portrait diffusé juste après son décès, par France 2 le 15 juin 2009.
Omar Bongo, un air de françafrique (INA)
Les papys de la Françafrique font de la résistance
On la croit toujours mourante. Nicolas Sarkozy avait même promis dès 2006 de l’enterrer définitivement, après des décennies de relations franco-africaines initiées par les solides « réseaux Foccart » de la période gaulliste. Mais la Françafrique résiste toujours. Les réseaux, que des diplomates américains jugeaient début 2007 « de plus en plus critiqués, coûteux et potentiellement dangereux », perdurent. Les gêneurs, tel le ministre de la Coopération Jean-Marie Bockel qui dénonçait début 2008 la persistance de « rentes de situation héritées d’un passé révolu », ont été écartés. Les conseillers occultes, hommes d’affaires, avocats ou « sorciers blancs » de la communication font toujours la navette entre Paris et les capitales de l’ex-pré carré africain.
“ Nicolas Sarkozy avait promis dès 2006 de l’enterrer définitivement. Mais la Françafrique résiste toujours. ”
L’Elysée, qui n’a jamais cessé de cultiver ce jardin secret, garde un œil attentif à tout ce qui se trame. Depuis 2007, la « cellule Afrique » des conseillers diplomatiques de Nicolas Sarkozy, dirigée d’abord par le diplomate Bruno Joubert puis par son collègue André Parant, a perdu du terrain, au profit de Claude Guéant, le tout puissant secrétaire général de l’Elysée devenu ministre de l’Intérieur.
1/ Qui sont-ils ?
C’est cet homme de confiance du président qui s’est occupé des relations directes avec certains chefs d’État. Il a pris l’habitude de recevoir et d’écouter des émissaires venus du continent noir, transfuges de la Chiraquie, comme l’avocat Robert Bourgi. Ce conseiller de feu le président gabonais Omar Bongo, organisateur de sa succession, continue de faire la pluie et le beau temps entre Paris et certains pays d’Afrique. "Mon rôle est indéfinissable, je sers la Françe, c'est tout" dit-il.
Robert Bourgi, avocat et Patrick Balkany, député maire de Levallois Perret lors du 150eme anniversaire du rattachement du Comté de Nice à la France le 31 mai 2010 - ©LUDOVIC/REA
Les papys de la Françafrique font de la résistance
Mais il n’est pas le seul habitué des vols franco-africains Une foule d’autres intermédiaires, souvent francs-maçons, s’activent, comme le maire de Levallois-Perret Patrick Balkany, l’ancien ministre de la Coopération Michel Roussin, les ex-conseillers « africains » de Chirac, Michel Dupuch et Michel de Bonnecorse, la lobbyiste Patricia Balme, l’ancien patron de RMC Jean-Noël Tassez, l’homme d’affaires corse Michel Tomi, l’ex-joueur de football Basile Boli, chargé par Nicolas Sarkozy d’une mission sur le codéveloppement ; ou encore le banquier Steve Gentili, patron de la Bred (groupe Banques populaires-Caisses d’Epargne-) et président d’un forum francophone des affaires.
“ Des avocats et magistrats, rompus aux arcanes juridiques, continuent aussi de défiler dans les palais pour délivrer leurs précieux avis aux présidents plus ou moins autocrates. ”
Des avocats et magistrats, rompus aux arcanes juridiques, continuent aussi de défiler dans les palais pour délivrer leurs précieux avis aux présidents plus ou moins autocrates. Ces « experts » s’appellent notamment Charles Debbasch, Jean Dubois de Gaudusson, Jean-Pierre Versini-Campichi, Francis Spziner, Georges
1/ Qui sont-ils ?
Kiejman, Pierre Haïk, Paul Vergès ou Roland Dumas. La visite de ces deux derniers à Abidjan, début 2011 ; pour secourir leur vieil ami Laurent Gbagbo, qui s’accrochait à son poste de président de la Côte d’Ivoire, était révélatrice de ces solides connexions, consolidées par des pluies d’honoraires confortables.
Roland Dumas sur le perron du palais de l'Elysée le 26 septembre 2003 - ©LUDOVIC/REA
Les papys de la Françafrique font de la résistance
Les gourous de la communication exploitent les mêmes filons, prodiguant des conseils pour les campagnes électorales, vendant des espaces publicitaires et assurant leurs clients africains de toutes les introductions nécessaires à Paris.
Le briscard François Blanchard, ancien bras droit du baron gaulliste Jacques Baumel, garde un œil intéressé sur l’Afrique. « J’ai vendu des assiettes et des tissus. Maintenant je vends des présidents africains et, globalement, l’acte de vendre reste le même », a-t-il confié un jour. Anne Méaux, patronne redoutée d’Image Sept, suit de près son client sénégalais, le président Wade. Le publicitaire Thierry Saussez, ami de Sarkozy, un temps en charge du Service d’information du gouvernement, cultive sa passion pour ce continent, où l’on peut « retrouver là-bas le lustre perdu ici », selon sa confidence au journaliste Vincent Hugeux, auteur d’une enquête décapante sur « Les sorciers blancs » (Fayard, 2007).
De son côté, Stéphane Fouks, président d’Euro-RSCG, assure avoir organisé avec ses troupes quatre campagnes présidentielles en Afrique en 2010. « Deux de gagnés », résume-t-il, en parlant des victoires de ses clients dans l’île Maurice et en Guinée. L’un de ses échecs les plus cuisants reste néanmoins les conseils prodigués à Laurent Gbabgo auquel il prédisait une victoire facile aux élections présidentielles ivoiriennes de novembre 2010. Un client dont le patron d’Euro-RSCG ne veut plus guère parler…
1/ Qui sont-ils ?
Enfin, et surtout, les grands patrons très implantés sur le continent noir veillent en permanence à défendre leurs intérêts et leurs parts de marché. Dans cette liste, on trouve naturellement Christophe de Margerie, le patron du groupe pétrolier Total, Vincent Bolloré, PDG d’Havas et d’un groupe de transport omniprésent en Afrique, Martin Bouygues, qui gère des chantiers et distribue l’eau et l’électricité à Abidjan, le roi de la bière Pierre Castel, le forestier Francis Rougier, l’armateur Jacques Saadé, le logisticien Jacques Dupuydauby, l’assureur Patrick Lucas, qui préside le Medef Afrique. Et bien d’autres encore.
Pour eux, la Françafrique demeure avant tout une histoire d’argent.
Nicolas Sarkozy, Francis Rougier, et Ali Bongo, président gabonais, visite officielle de l'usine de contreplaqué Rougier d'Owendo le 24 février 2010 - ©POOL/LUDOVIC-REA